Homélie du troisième dimanche de l’Avent, Année A, 11 décembre 2016
          Is 35, 1-6a.10; Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a ; Jc 5, 7-10; Mt 11, 2-11


          Chers Frères et Sœurs en Christ, nous voici déjà au 3e dimanche du Temps de l’Avent de cette Année liturgique A. Dans la tradition liturgique, ce dimanche appelé GAUDETE, constitue un temps de pause dans l’austérité avec laquelle les chrétiens se préparent pour accueillir le Seigneur. Ce dimanche nous invite à vivre la joie, signe de la présence des temps messianiques malgré les difficultés que nous pouvons traverser. Là où la tradition est conservée, les ornements du célébrant et la troisième bougie de la couronne de l’Avent de ce dimanche sont de couleur rose. La joie que la liturgie de ce dimanche nous invite à vivre est motivée par la présence du Messie qui vient sauver son peuple. Rappelons-le en passant que l’attente chrétienne n’est pas vide, car Celui que nous attendons est déjà au milieu de nous : « Il est, Il était et Il vient » (Ap 1, 7).

          Dans la 1re Lecture, tirée du livre du prophète Isaïe (Is 35, 1-6a.10), ce dernier annonce les merveilles du Seigneur et invite « le désert et la terre de la soif » à se réjouir. En effet, le peuple d’Israël qui se trouvait en exil en Babylone, vivait un moment de dure épreuve et de désespoir, de tristesse et de honte. Israël a perdu les trois choses qui lui sont chères : la terre, le temple et le roi. Le peuple élu est contraint et doit vivre autrement son identité. Daniel dira qu’« il n’est plus, en ce temps, chef, prophète ni prince, holocauste, sacrifice, oblation ni encens, lieu où te faire des offrandes et trouver grâce auprès de toi. Mais qu’une âme brisée et un esprit humilié soient agréés de toi, comme des holocaustes de béliers et de taureaux, comme des milliers d’agneaux gras ; que tel soit notre sacrifice aujourd’hui devant toi, et qu’il te plaise que pleinement, nous te suivions, car il n’est point de confusion pour ceux qui espèrent en toi » (Dn 3, 38-40). Devant le risque de désespoir qui menace tout homme dans les moments difficiles, le Seigneur ouvre une route vers le bonheur, un chemin de justice et de paix pour les pauvres et les petits : les aveugles, les boiteux, les sourds, les muets… Pour la pleine réalisation de ce temps de grâce, chacun des membres du peuple est envoyé comme témoin et messager des temps nouveaux : « fortifiez les mains défaillantes, affermissez les genoux qui fléchissent, dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et vas vous sauver ». Désormais, Dieu n’envoie plus les prophètes, les juges et les rois sauver son peuple, c’est lui-même qui vient. C’est pourquoi, avec le psalmiste, nous pouvons prier en invoquant la venue du Seigneur de justice et de paix qui prend soin des humiliés et les protège : « Viens Seigneur, et sauve-nous » (cf. Ps 145/146).

          En attendant la venue du Seigneur, nous devons encore porter le poids du jour et la fatigue des années, la souffrance et diverses situations de l’existence humaine. Pour ne pas somnoler et rester éveillés, la 2e lecture nous rappelle certaines attitudes qui doivent caractériser notre attente (Jc 5, 7-10) ; elle nous invite à la patience et à l’endurance en prenant comme modèles le cultivateur et les prophètes.

          Dans l’Évangile, les temps messianiques se sont accomplis dans la Personne de Jésus-Christ. Dans la vie et la mission de Jésus, Dieu est effectivement venu sauver son peuple. Jean le Baptiste, le dernier des prophètes et le plus grand des enfants des hommes, se trouvent en prison pour avoir témoigné de la vérité (cf. Mt 14,1-12). La nuit de la foi a commencé pour lui. Celui qui avait dit avec conviction à ses disciples : « voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29), le voilà envoyer les mêmes disciples demander « es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (cf. Mt 11, 2-11). La nuit du doute peut arriver à chacun de nous, un temps où la sécheresse et la mort peuvent nous menacer. Ouvrons les yeux et voyons les œuvres du Seigneur. En effet, à la demande des envoyés de Jean le Baptiste, Jésus répond par ses œuvres : « Aller annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». Jésus renvoie Jean à une relecture des promesses prophétiques dont nous sommes les enfants. Jésus se présente comme le Règne de Dieu qui est déjà en acte dans sa personne, et ce sont ses œuvres qui lui rendent témoignage (cf. Jn 5, 36). On comprend alors pourquoi le plus petit dans le Royaume des cieux est effectivement plus grand que Jean le Baptiste. Désormais, le chrétien n’est plus quelqu’un qui cherche seulement le règne de Dieu, mais il est aussi « un règne de Dieu » qu’il doit annoncer avec la parole et les œuvres, car il accomplira des œuvres encore plus grandes que celles de son Maître grâce à l’amour du Père et à la présence du Saint Esprit (cf. Jn 14, 12).

          Orientations missionnaires : « Aller annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez… »

          Les textes d’aujourd’hui nous indiquent clairement que chacun de nous doit être missionnaire des temps messianiques. La liturgie d’aujourd’hui, en plus d’un appel à l’espérance et à la joie dans l’attente de la venue du Seigneur, rappelle le programme missionnaire de Jésus dès le début de son ministère dans la synagogue de Nazareth : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19). Et c’est ce qui deviendra un indicateur pour mesurer non seulement la réalisation de sa mission, mais aussi la nôtre. Chacun de nous est invité à soutenir son frère dans les difficultés en lui faisant voir le salut qui vient de Dieu. Dans cette mission, nous ne devons pas gémir les uns contre les autres mais cultiver la patience et l’endurance qui nous font voir en nous et autour de nous, même dans les situations les plus dramatiques de la vie, la présence salvifique de Dieu, surtout à travers l’écoute de sa Parole qui sauve. C’est seulement en ce moment que nous pouvons dire avec courage et conviction que « ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie […] ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous » (1Jn 1, 1-3).
Puisse le Seigneur nous ouvrir les oreilles pour écouter et entendre sa Parole, les yeux pour voir son salut ; qu’Il affermisse nos genoux pour aller vers nos frères et sœurs en nous donnant la force pour leur annoncer ses merveilles.

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Samuel Komlanvi AMAGLO, sdb

Docteur en Missiologie

Curé de la Paroisse Christ-Roi,

Kenitra (Maroc).

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