Homélie des obsèques du P. Antonio César FERNANDEZ, sdb

Excellence Mgr Denis, Archevêque de Lomé ;

Excellences Mgr Isaac-Jogue, Evêque d’Aneho,

Révérend Père Luca, Chargé des Affaires de la nonciature du Saint Siège représentant le nonce Apostolique au Burkina Faso et au Niger,

Monsieur le Ministre de la Communication du Burkina Faso,

Monsieur le Secrétaire, représentant du Premier ministre du Burkina Faso,

Madame la représentante de l’Ambassade du BF au Togo,

Monsieur l’ex-ambassadeur de l’UE au Togo et ancien élève du P. César

Querida Patri, hermana de César,

Chers supérieurs religieux et religieuses,

Et vous tous qui êtes venus pour rendre ce dernier hommage à notre cher Père et regretté César, à l’occasion de cette messe de funérailles, avant le départ de son corps pour sa ville natale, Pozoblanco (au sud de l’Espagne), merci d’être là. 

Je remercie le P. José et son Conseil, qui m’ont donné cet honneur de faire cette homélie en mémoire du P. César. Je me sens très petit face à la figure d’une personne, d’un chrétien, d’un salésien, d’un prêtre de la taille du P. César. Sincèrement, je ne me sens même pas digne.

Tout d’abord, je vous transmets les condoléances et la solidarité dans la prière de la Famille salésienne en Tunisie, de son évêque – Mgr. Ilario – du clergé et des consacrés et des laïcs – concrètement de la paroisse de Hammamet/Nabeul – présents dans l’église de Tunisie, terre qui garde dans sa mémoire le témoignage des martyrs et la présence de Saint Cyprien et de St Augustin. Mais je me rends aussi porte-parole des musulmans qui, ayant appris la triste nouvelle, n’ont pas voulu rester à l’écart dans cette mouvance de prière et de solidarité avec nous tous. Il est émouvant de savoir qu’ils se sentent très proches de nous. Ils refusent catégoriquement les actes violents qui ont été la cause de la disparation de notre cher P. César.

Nous avons reçu un coup dur avec la mort violente de César, mais en même temps, nous ne pouvons faire une autre chose que rendre grâce à Dieu pour la vie d’un saint homme, d’un saint salésien, dit ainsi de la part de nous tous au fur et à mesure que nous avons appris la nouvelle. Même la répercussion médiatique que la nouvelle a eue dans son pays d’origine, l’Espagne, en est une preuve de ce que nous disons. Nous pouvons être fiers de notre P. César et dans les années à venir, de dire « J’ai connu le P. César », à ceux qui entendront parler de lui.

Permettez-moi maintenant de m’adresser à César sous forme de lettre (lui, qui tant de fois m’a rendu le service de corriger mes lettres de Famille à la Province). En ce jour, je veux bien m’adresser à lui, car parler de la vie de César c’est parler de l’Évangile, faire mémoire de ce qu’il a été, c’est aussi faire mémoire de Jésus ; César n’a cherché dans sa vie que de vouloir ressembler à son Maître, à Celui qui un jour l’a appelé : Jésus. César a cherché à incarner en lui cette Parole de Dieu qui était la source de sa vie.

Cher César,

Tu sais ? Don Bosco t’avait précédé en cette même église le 11 février 2012, lors de son passage dans notre Province. Nous étions venus pour rendre grâce à Dieu pour la vie donnée de Don Bosco aux jeunes et aux enfants, comme préparation aux célébrations du bicentenaire de sa naissance. Ce jour-ci, où tu es au milieu de nous, me rappelle ce jour-là, où Don Bosco était au milieu de nous. Sept ans se sont écoulés : un chiffre très symbolique dans la Bible.

Nous voici devant toi pour te dire un grand merci, pour avoir voulu nous montrer le chemin de la sainteté. Tu l’as vécue en toute simplicité et humilité, dans le quotidien d’une vie donnée généreusement à Dieu et aux autres, dans la joie, la spontanéité et l’espérance de celui qui a mis toute sa confiance dans le Seigneur et qui était la cause pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, sans peur. C’est ainsi que nous l’avons écouté dans la première lecture. Et c’est à cause de cette confiance que tu es « béni », « bienheureux ».

En 2015, à l’Ouverture du Chapitre Provincial 5, le Père Faustino Garcia (alors Provincial) remet le cadeau au Père César qui célébrait ses 50 ans de vie religieuse.

Tu sais, César, on pourra être d’accord ou non avec la manière par laquelle tu nous as quittés. Certains pourront même se dire pourquoi Dieu a permis qu’une personne si pleine de bonté, qui est passé par ce monde en faisant le bien, puisse avoir une fin si cruelle. Mais ta mort est une victoire, c’est un cadeau de Dieu à ceux et celles qui l’aiment jusqu’à la fin, à ceux et celles qui ont promis de donner jusqu’au dernier souffle, jusqu’à la dernière goutte de sang, leur vie pour le bien de tous. Nous avons des témoins comme toi tout au long de l’histoire de l’Eglise. Ta vie donnée, versant le sang par terre, est le « bijou » le plus précieux (el « broche de oro ») que Dieu réserve à ceux et celles qui lui ont été fidèles jusqu’à la fin. Par ta mort, Dieu a confirmé que tu es un homme juste et que tes actions et tes paroles ont été celles d’un digne et fidèle disciple du Christ. Dieu t’a donné la grâce de mourir comme son Fils pour compléter en toi le visage du Christ que tu as tant aimé et qui t’a tant aimé. Nous n’avons pas le droit de nous révolter face à cette mort où ton sang a été versé ; nous sommes appelés à le voir avec les yeux de la foi, voyant par là, la victoire de l’Amour, de l’Espérance qui t’ont toujours distingué. Par ta mort, Dieu multiplie jusqu’à l’infini les œuvres, les actions, les paroles qu’Il a accomplies par et en toi. Ton sang versé est source de fécondité et d’abondants fruits, que nous commençons déjà à vérifier.

César, par ton sang versé, j’ai compris que Dieu appelle ainsi les saints qui vivent leur mission dans des endroits de « risque », car Dieu fait ainsi – par ce sang versé – féconder ce qui a été semé : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits » (Jn 12, 24).

Tu as donné beaucoup de fruits en vie, et tu continueras de donner davantage auprès du Père dans le ciel. Ta famille, nous tes confrères, les membres de la Famille salésienne en AFO, les jeunes, l’Eglise, les amis, tous ceux qui t’ont connu sont en fête, car un vrai fils de Dieu intercède désormais dans le ciel, auprès du Père. Comme nous sommes chanceux ! Je suis convaincu qu’une nouvelle étape s’ouvre pour l’histoire de l’Afrique Francophone Occidentale à partir de ta mort, car les fruits arriveront, même sous forme de miracles.

César, tu resteras toujours dans nos cœurs et dans notre mémoire. Difficilement nous pourrons nous passer de toi. Ton style salésien de te donner pour cette Province et pour l’Eglise, pour la mission, pour les jeunes et les enfants, devient pour nous une référence, à l’image de Jésus Bon Pasteur, de don Bosco, Père et maitre de la jeunesse.

Ton pèlerinage sur cette terre se termine. Tu vas entamer bientôt ton dernier voyage. En effet toute ta vie reste marquée par ton attitude d’être toujours en « marche », même « pressé », en chemin pour la cause de l’Evangile. Nous ne verrons plus ce César aux pas rapides, en « vitesse ». Et aucun de ceux qui t’ont connu, ne pourra l’oublier, de même que ta manière de voyager : toujours avec très peu de choses (« ligero de equipaje ») – signe de ton choix pour la pauvreté et l’austérité – comme Jésus le recommandait à ses disciples. Cela nous a touchés tous. Un petit sac à dos, portant l’essentiel pour la mission :

  • Quelques habits. L’essentiel pour t’habiller ;
  • La Bible pleine de tes propres commentaires, bien soulignée, qui t’accompagnait partout, comme signe de l’importance que la Parole de Dieu avait dans ta vie, sans laquelle tu ne pouvais rien faire, rien être. Tu as fait de la Parole de Dieu ta parole, devenant parole vivante ;
  • La croix. Je me rappelle bien d’une petite croix que tu gardais toujours ensemble avec ton bréviaire. Elle était pour toi, protection et force (sans doute la source de la force que tu as reçue dans les dernières secondes de la vie). Une croix qui te rappelait aussi la passion de Christ, à laquelle tu t’associais chaque jour et qui était pour toi un rêve ; plusieurs fois tu m’avas dit que le martyre c’était une grâce et que tu voudrais bien mourir ainsi: mourir, en versant le sang pour le Christ, en associant ton sang au sang du Christ dans l’eucharistie qu’avec tant de dévotion tu célébrais chaque jour.
  • La croix de la profession perpétuelle. Celle que tu portais comme Salésien et qui te rappelait ton don total à Dieu par le don total aux jeunes, en imitant le Bon Berger. Cette croix qui ramenait à ta mémoire ton « oui définitif » donné le 14 août 1969, tout juste 50 ans en cette année. Cette croix est restée baignée de ton sang, comme manière la plus symbolique de célébrer le jubilé d’or. Quelle merveille le Seigneur a fait pour toi, César, comme tu dois être content en ce moment, en cet instant dans lequel tu versais ton sang, signe de Vie du ressuscité. En cet instant-là tu accomplissais totalement et de manière radicale le « oui » à Dieu.
  • Le chapelet. Comment pourrait manquer cet « instrument » qui te reliait chaque jour à Marie, l’Auxiliatrice. Ce n’était pas seulement le signe d’une dévotion, c’était surtout le signe de ta filiation à cette Mère qui était pour toi modèle dans la foi et inspiration pour venir en aide à ceux et celles qui avaient besoin de toi. C’était le chapelet que tu as fait sortir juste quelques instants avant ta mort pour sentir plus proche encore la Mère, cette même Mère qui était aux pied de la Croix de son Fils. Combien de membres de l’Association de Marie Auxiliatrice pourraient en ce moment témoigner de cette dévotion, de cet amour à l’Auxiliatrice, mais un grand hommage reste bien visible à nous tous : cette église dédiée à Maria Auxiliadora, que tu as fait construire il y a presque 30 ans déjà.
  • Toujours un livre avec toi. Je l’avoue. Parfois cela me semblait un peu « de trop ». Même dans les arrêts de transport public, lorsque les gens descendaient pour dégourdir un peu les jambes… voilà, toi, tu étais là avec ton livre, en train de lire, car il ne fallait pas perdre une minute dans cette saine obsession que tu avais de la formation permanente. Et n’en parlons pas lorsque dans le bus, dans les voitures, tandis que nous autres nous dormions ou on admirait le paysage, toi, tu travaillais avec ton ordinateur. Bon, il est vrai aussi que tu dormais parfois, avec une position de la tête, bouche ouverte, digne de faire une photo de celle qui font la « une de l’actualité ». Quel esprit de travail tu nous as enseigné ! Quelle abnégation ! Combien de biens tu as fait à tant de jeunes, de laïcs, de salésiens, de religieux/euses et de prêtres par tes écrits, tes homélies, tes retraites, récollections et tes sessions de formation, fruit de ce désir de formation permanente que tu as toujours nourri en toi, et du partage de l’expérience de Dieu que tu faisais et vivais dans ta vie.

César, je termine. « Santo subito » est écrit sur le maillot que la Délégation de Ouagadougou porte pour participer à ces obsèques. Cette phrase exprime le désir et l’avis de beaucoup parmi nous. C’est pour cette raison que nous confions à ton intercession tant de personnes et de situations. N’oublie pas ces quatre douaniers qui ont été aussi tués le 15 février 2019, et leurs familles. N’oublie pas Fabrice et Germain, qui ont été les premiers témoins de ce qui t’est arrivé. N’oublie pas Bruno, Fréderic et Didier, tes confrères de communauté qui restent maintenant « orphelins ». N’oublie pas ta famille de sang qui, de loin, souffre davantage ta perte. Soutiens le P. José et son Conseil dans leur travail d’animation et de gouvernement, tous les confrères de la Province et la Famille salésienne, pour qu’ils continuent de grandir, ayant ton témoignage comme point de référence. De manière particulière, intercède pour les novices, les confrères et sœurs en formation initiale, pour qui tu as tant donné. Intercède pour l’Eglise locale, de manière particulière du Togo, du Burkina, de la Côte d’Ivoire, où tu as développé ta vie missionnaire. Intercède pour la paix au Burkina Faso, qui vit en ces derniers temps de situations très difficiles, et pour la conversion des cœurs de ceux qui sont à l’origine des actions violentes. Finalement, prends soin de ceux qui ont été la raison principale de ton option salésienne et missionnaire : les jeunes… combien tu les as aimés !!!

César, grand merci pour ta vie, grand merci pour ton témoignage, grand merci pour le père, le frère, l’ami que tu as été pour chacun de nous. Sache que tu restes dans nos esprits et dans notre cœur. On se voit au paradis, comme Don Bosco disait et là où tu es déjà. A bientôt !

P.D. J’espère que Saint Pierre pourra te « gérer » un peu, sinon, il devra se préparer pour la « deuxième vitesse » que dans le Ciel tu vas mettre (avec tes « Venga ! », « vamos », « qué », « Ayyyyyy », « mon frère !», « Quita ! », « anda ya ! », « Madre mía ! »….) Saint Pierre aura du boulot supplémentaire à cause de toi !

À Lomé, le 23 février 2019

 

La joie de vivre ensemble
Le Père César à la vaisselle avec ses confrères

1 COMMENTAIRE

  1. Notre pere Cesar Un saint pour Nous Aujoud’hui ” Santus Subito” prie pour Nous. Merci Pere Cesar, thanks alot Rev. Fr. Cesar pour given your life. Please pray for us to Jesus and Mary for peace in the World. Amen. From your Sister Justine Oluchi Egbedike FMA AFO

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