Introduction

La foi est un don de Dieu, mais qu’il faut cultiver et entretenir pour qu’elle germe et porte du fruit. Elle s’exprime à travers multiples signes extérieurs et intérieurs dont les sacrements. Il me plait de faire cette petite réflexion autour de la réconciliation qui va de pair avec la foi et la compréhension que nous avons de notre baptême.

En effet, nous sommes tous conscients que les problèmes que nous rencontrons dans nos communautés surviennent surtout dans nos relations interpersonnelles. Quel type de relation devons-nous établir entre nous pour sauvegarder la crédibilité de notre mission ? Comment gérer nos problèmes communautaires tout en maintenant à l’écart nos destinataires ? Comment redonner aux confrères l’enthousiasme et la joie d’être salésien ?

Je crois que nous nous retrouvons en face d’un sujet délicat et très épineux, chacun aura son opinion mais je voudrais commencer en disant que ceci n’est qu’une de ces opinions. Ce qui, à notre avis serait préoccupant, c’est que nous continuions de nous regarder et de fonctionner comme si de rien n’était. C’est une réalité qui est présente dans nombre de nos communautés et qui transmet une image de notre Congrégation et de notre mission qui ne correspond, évidemment pas, à la réalité de ce que nous sommes ou de ce que nous voulons être : DES SIGNES ET PORTEURS DE L’AMOUR DE DIEU À SES ENFANTS, SPÉCIALEMENT AUX JEUNES ET D’ENTRE EUX SURTOUT LES PLUS PAUVRES.

1-    Vivre en baptisés.

Je confesse d’hors et déjà que cette réflexion voulait s’adresser aux jeunes de nos ambiances dans la mesure où je note personnellement là une augmentation de conflits et de rivalités qui minent notre action pastorale et détruisent nos groupes depuis la racine. Mais j’ai dû me ressaisir pour nous l’offrir en toute simplicité, nous invitant à considérer la question et à nous engager tous pour nous appliquer à ce que nous pourrions reprocher à nos destinataires et surtout à nos responsables politiques.

« Le baptême, conféré au nom de Jésus-Christ, unit à la mort, à la sépulture et à la résurrection du Sauveur… Dans le baptême, l’Esprit prend possession du croyant, l’associe au Corps de l’Église et lui donne la conviction qu’il est déjà entré dans le Royaume de Dieu »[1]. Voilà pourquoi nous devons adopter les attitudes du Royaume dont un élément fondamental est le pardon et la réconciliation. Comme le stipule Saint Paul : « dès que quelqu’un est uni au Christ par le baptême, il est un être nouveau. Ce qui est ancien a disparu, ce qui est nouveau est là »[2]. Désormais, « vivant avec le Christ, saint avec Lui, le baptisé doit imprégner ses actes et toute sa vie de cette résurrection et de cette sainteté ; Deviens ce que tu es : telle est la morale du baptisé »[3]

Le Baptême communique la capacité de vivre la vie de Dieu, qui est une vie de communion, une vie réconciliée. « Assumer notre baptême signifie prendre le chemin de la conversion permanente, configurer notre existence quotidienne dans la droite ligne de la communion et de la réconciliation. »[4] Dans le Baptême, Dieu nous reçoit comme ses enfants d’adoption et nous concède tous les droits qui lui sont liés. C’est pourquoi l’Apôtre Paul affirme : “En Jésus Christ, 
vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, 
vous tous que le baptême a unis au Christ, 
vous avez revêtu le Christ; il n’y a plus ni juif ni païen, 
il n’y a plus ni esclave ni homme libre, 
il n’y a plus l’homme et la femme, 
car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus”[5]. Nous pouvons donc affirmer que le baptême est un sacrement de l’unité, car désormais fils, nous sommes tous frères. Le retour continu à notre baptême pourrait nous aider à surmonter les problèmes de relation, à nous considérer comme de véritables frères, cohéritiers d’une même mission, mais chacun tel qu’il est. Comme le dit un proverbe congolais : chaque serpent rampe à sa façon.Jean Paul II, dans Ecclesia in Africa,  invitait en effet l’Église d’Afrique a « mettre l’accent sur l’attention à l’autre, la solidarité, la chaleur des relations, l’accueil, le dialogue et la confiance »[6].

Ceci nous exige, à chacun de nous, d’entrer dans la dynamique de la conversion qui fera qu’aucun de nous ne perdure dans ses erreurs, mais se laisse accompagner par les autres, spécialement par les supérieurs, afin d’accomplir notre finalité commune : la sainteté comme nous le stipulait le pape : CHERS SALÉSIENS, SOYEZ SAINTS. À cela nous aide aussi la célébration de l’Eucharistie qui est aussi sacrement de réconciliation des participants entre eux et avec Dieu. À partir de là, les communautés doivent apprendre à se donner le temps et les moyens nécessaires pour se construire en dépassant les hypocrisies afin de devenir porteuses de Bonne Nouvelle du Salut pour nos destinataires. Ils sont déjà suffisamment punis, j’allais dire mis à mort par les puissances du monde des ténèbres, accablés d’une multitude de blessures, de craintes, de désirs, de colères, de chagrins. Ils ont le droit d’espérer du nouveau, de maintenir la joie de vivre et de célébrer la vie, sans devenir victimes des « envoyés de Dieu que nous sommes ». Laissons nos consciences s’interpeler face à cet état de chose en tenant compte de la menace de l’Évangile : malheur à celui par qui un de ces petits sera perdu.

2-    Pour la culture de la réconciliation

Le Pape Benoit XVI commence son Exhortation Apostolique post-synodale Africae Munus en affirmant : « l’engagement de l’Afrique  pour le Seigneur Jésus-Christ est un trésor précieux que je confie, en ce début de troisième millénaire, aux Évêques, aux prêtres, aux diacres permanents, aux personnes consacrées, aux catéchistes et aux laïcs de ce cher continent et des îles voisines. Cette mission porte l’Afrique à approfondir la vocation chrétienne. Elle l’invite à vivre, au nom de Jésus, la réconciliation entre les personnes et les communautés, et à promouvoir pour tous la paix et la justice dans la vérité”[7].

 

La réconciliation est avant tout une affaire de foi et de volonté. Elle n’est jamais acquise une fois pour de bon. Elle se construit au jour le jour et connaît des hauts et des bas, des moments d’euphorie et des moments de crise. Cependant, quelque soit les cas, elle a besoin d’être alimentée par l’humilité et fondée sur les valeurs de la Parole de Dieu. Son secret, comme la vocation, consiste à la renouveler chaque jour. Nous serons de véritables hommes de paix et de réconciliation, de véritables constructeurs de communion dans la mesure où nous serons capables de nous réconcilier avec nous même d’une part, et d’autre part de jeter sur les confrères, chaque matin que Dieu fait, un regard de compassion et de miséricorde. Faire un acte de renouvellement du contrat que suppose pour la profession des mêmes vœux, au sein d’une même Congrégation. En réalité tout ceci se meut par la force de l’amour de Dieu qui nous envahit et nous porte vers nos frères.

C’est une attitude prophétique d’une importance capitale dans la culture actuelle. C’est à notre avis, la manière la plus efficace de vivre l’esprit de famille[8] qui caractérise notre être salésien. Ainsi nous serons aussi, porteurs de sens et de vie pour nos contemporains. Je crois que nous devons arriver à jouir pleinement de chaque rencontre avec les confrères qui sont en réalité des rencontres avec le Christ. Pour se faire, nous devons nous armer d’un grand désir enraciné dans la foi, l’espérance et la charité.

Prêchons avec le témoignage de nos vies personnelles et communautaires, donnons la chance d’expérimenter la joie de se convertir véritablement, offrons toujours une autre opportunité au confrère, soyons des stimulants d’union et de fraternité. J’avoue que l’une de mes préoccupations en ces moments où je me prépare pour commencer une autre étape de ma vie salésienne est précisément que je ne sois pas un poids, mieux dire une croix, pour les confrères et pour les jeunes. Conscients de nos faiblesses, je considère qu’il est impérieux de nous abandonner entre les mains de celui qui a voulu compter sur nous, dans la prière et l’humilité. Le monde changera dans la mesure où chacun de nous changera, nos communautés seront de véritables maisons de communion dans la mesure où chacun de nous s’engage résolument à en faire une, nos cœurs porteront le message de paix et de réconciliation aux jeunes dans la mesure où nous seront des salésiens réconciliés les uns avec les autres, notre mission d’éducateur-évangélisateur portera du fruit dans la mesure où nous la réalisons comme communauté avec les confrères que le Seigneur nous a donnés.

Conclusion

La communauté est avant tout un lieu de service et de fraternité, elle nous offre la possibilité de nous réaliser comme personne et comme religieux en nous donnant totalement à la mission pour laquelle nous avons été appelé. De même que la famille est une Église domestique, la communauté salésienne se veut une Église à part entière, dans laquelle les supérieurs reçoivent la plus grand part de service. Et ici je me permets de nous inviter à méditer et re-méditer le passage du lavement des pieds, mais surtout son explication « vous m’appelez maître et Seigneur et vous avez raison, car je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. Je vous ai donné un exemple pour que vous agissiez comme je l’ai fait pour vous »[9]. Faisons notre la prière de Jésus pour ses disciples : « Qu’ils soient un pour que le monde croit que m’as envoyé »[10].Édifions au sein de nos communautés la paix et la sérénité afin que nous soyons des signes prophétiques dans les milieux où nous nous trouvons. Comme nous le rappelle le père Pascal Chavez dans son étrenne de 2006 « pour nous, Famille Salésienne,, vivre en famille n’est pas simplement un chois pastoral stratégique, de nos jours si urgent, mais une manière de réaliser notre charisme et un objectif à privilégier dans notre mission apostolique… comme option dans notre méthode éducatif, nous travaillons en faisant exister dans nos milieux l’esprit de famille ». Et nos constitutions nous rappellent que VIVRE ET TRAVAILLER ENSEMBLE EST POUR NOUS, SALÉSIENS, UNE EXIGENCE FONDAMENTALE ET UNE VOIE SÛRE POUR RÉALISER NOTRE VOCATION[11].


[1] François AMIOT, Bautismo, in Xavier LÉON-DUFOUR, Vocabulario de teología bíblica, Herder, Barcelona 1978, pp. 119-120.

[2] 2 Co 5, 17

[3] THEO, l’encyclopédie catholique pour tous, Ed. Droguet-Ardant/Fayard, Paris 1992, p. 948.

[4]Manuel BELLMUNT, Los Sacramentos, CCS, Madrid 1992, p. 42.

[5]Ga 3, 26-28.

[6]Jean Paul II, Ecclesia in África, nº 63

[7]Pape Benoît XVI, Africae Munus, nº 1

[8] Cf. Constitutions salésiennes 16

[9] Jn 13, 13-15

[10] Jn 17, 21

[11] Constitutions Salésienne 49.

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