J’ai connu le Père César depuis Août 1992 où je venais d’arriver au Noviciat salésien de Lomé. C’est d’ailleurs lui-même, en tant que Maître des Novices, qui est arrivé personnellement pour m’accueillir à l’aéroport. Nous ne nous connaissions pas auparavant. Mais dans ce premier contact, l’homme a retenu mon attention par son apparence physique : svelte, forme athlétique, il avait une tenue vestimentaire très simple avec des sandalettes aux pieds. Ses premiers mots d’accueil étaient doux et chaleureux, toujours accompagnés d’un beau regard souriant et attentionné.

Nous étions deux jeunes Ivoiriens, arrivant d’Abidjan : Vincent et moi. Spontanément, il s’est intéressé à nous comme s’il nous attendait depuis fort longtemps ainsi qu’aux détails de notre voyage : les conditions dans lesquelles nous avions effectué le voyage, notre état de fatigue, notre besoin de restauration … Nous avons été stupéfaits de voir un adulte, Prêtre, s’intéresser tant aux gamins que nous étions. Vincent, mon compagnon, m’a chuchoté dans les oreilles : « Ce Salésien est comme Don Bosco ». Du coup, nous nous sommes sentis accueillis, acceptés et familiers dans cette ville étrangère où nous arrivions pour la première fois.

Par la suite, j’ai passé l’année du Noviciat, avec mon Père Maître que j’admirais tant pour ses enseignements, ses séances de formation que pour l’exemplarité de sa vie pieuse et laborieuse. J’avais confiance et étais ouvert à un guide qui m’a suivi et accompagné dans le discernement et l’accueil de ma vocation salésienne.

Si j’ai conservé depuis toujours ce souvenir de notre première rencontre, c’est qu’il a été déterminant pour la suite des relations que j’ai vécues avec le Père César. Le caractère familier et empreint du sincère souci de découvrir le meilleur dans la vie de l’autre ont donné un sens à la rigueur et à l’exigence de vie qui ont animé Père César : il recherchait, en tout et ardemment, la perfection tant pour lui-même que pour ses filleuls et ses destinataires. Son grand cœur l’a conduit à vivre sa vie et ses responsabilités avec cette passion tout en demeurant honnête et véridique avec lui-même.

Ses nombreuses années comme Formateur, en tant que Maîtres des Novices (10 ans), ont forgé en lui, un cœur attentif à la Pastorale des vocations. Il a éveillé et accompagné de nombreuses vocations tant dans la société que dans l’Eglise : couples, séminaristes, religieux, religieuses, prêtres… ils sont nombreux qui ont découvert leur vocation en prenant part, aux camps vocationnels ou aux journées de promotion de la vocation qu’organisait, le Père César avec tant de créativités.

Aussi, du Père César, je garde ce souvenir d’un passionné de l’Évangile du Christ : il en a été non seulement le fidèle annonciateur mais celui qui a brûlé du désir de le mettre en pratique dans sa vie personnelle. Nous l’avons connu avec « sa grosse Bible » personnelle qu’il transportait, en premier, dans ses déplacements mais surtout dans laquelle, il avait griffonné ses multiples notes personnelles, fruits de ses méditations quotidiennes. Remarquable par son pas rapide, il était toujours disponible pour aller prêcher une retraite, une récollection, une session de formation, animer une causerie ou …dispenser un cours. J’ai découvert en lui l’incarnation de l’ardeur pastorale qui animait l’Apôtre Saint Paul : « Annoncer l’Évangile, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! ». (1 Co 9, 16). Dans la vie missionnaire du Père César, j’ai eu le privilège d’avoir été parmi les témoins de ceux qui l’ont vu exceller dans la proposition des valeurs de l’Évangile tant dans ses prédications homilétiques, ses conférences, que dans ses initiatives pastorales en faveur des fidèles paroissiens et des jeunes. Il a été un zélé curé de paroisse dévoué aux soins matériels, moraux et spirituels de ses fidèles : il les voulait tant heureux en sa compagnie qu’avec Dieu, au cœur de la foi.

Le Père César a cultivé et témoigné dans sa vie personnelle la valeur de la pauvreté évangélique. Toujours humble, il admirait la vie des ascètes tout en se contentant du peu dont il disposait. Mieux, il s’adonnait avec zèle au travail manuel tout azimut : ferme, jardin, maçonnerie, bricolage, peinture, nettoyage… avec l’ardent désir de minimiser les dépenses par une gestion optimale des ressources limitées. Que de fois préférait-il marcher plutôt que de faire usage d’un moyen de déplacement ? ou dans le meilleur des cas, il usait du transport public au détriment des véhicules de la Communauté.

Dans le témoignage de sa vie missionnaire salésienne, Père César a été un confrère de terrain. Il a eu un fort souci d’inculturation contextualisée. Je garde de lui le beau témoignage de ces rares missionnaires qui adoptent pleinement la culture et l’âme du peuple qu’ils évangélisent. Père César, a fait siens le langage, la piété populaire, l’art gustatif culinaire et la sagesse Ewe des Togolais. Son exemple m’a été d’une motivation fondamentale pour m’atteler à apprendre le Mina et à dire la Messe en Ewe.

Quoi de plus frappant de l’humilité de ce confrère que lorsque plus tard, il intègre la Communauté d’Abidjan, où j’étais Curé et Directeur, il m’a accueilli et considéré en tout comme son Supérieur. Il a été un Salésien, aimant sa vocation et pleinement identifié à sa consécration religieuse.

Sa dernière semaine de vie terrestre, nous l’avons passé ensemble à Lomé, à la célébration de notre septième Chapitre provincial du 8 – 13 Février 2019. César, y a participé comme à tant d’autres Chapitres de la Province, avec les préoccupations de celui qui aime sa Province et qui la veut toujours plus dynamique et plus belle : il nous a édifiés par ses interventions tant en séance plénière que durant les travaux en groupes. Et lorsque, en tant que Régulateur du Chapitre, je lui ai proposé de nous présider l’une des célébrations eucharistiques qui ponctuaient le début de chacune de nos journées, sa prédication lors de l’homélie a été un témoignage édifiant de ses 50 ans de vie salésienne. Il nous a laissé, avant l’heure, le testament d’une vie riche, faite de la rencontre avec Jésus à travers les jeunes, une vie d’obéissance, partagée dans le service et la disponibilité joyeuse avec les autres : il nous a exhorté à la souplesse en toutes circonstances.

Le Père César n’est pas mort… On nous l’a violemment arraché ! Sa passion pastorale pour les jeunes de Ouagadougou surtout du Centre professionnel et ses projets pastoraux pour cette Présence, sous sa direction, sont encore vifs. Tout en nous les partageons affectueusement lors du Chapitre provincial, il rêvait déjà d’une œuvre salésienne à l’exemple du « Valdocco » : la première présence de Don Bosco à Turin. De retour du Chapitre, son sang versé, le 15 février 2019, juste en foulant la terre du Burkina, porte, pour toujours, la vie et le dynamisme de la semence salésienne dans le Royaume du Moro Naba.

Denis Soro
Délégué de l’Afrique Sahélienne
(Gambie-Guinée-Mali-Sénégal)

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