Bien cher César,

À la suite de ton départ inopiné, de ta « pâque » anticipée, mille souvenirs me sont venus à l’esprit, depuis l’année 1981, quand nous nous étions vus pour la première fois, dans la période de préparation de la première équipe des confrères missionnaires qui allaient fonder la mission salésienne au Togo. Vous étiez trois confrères de nos provinces salésiennes de l’Andalousie (Séville et Cordoue), prêts pour cette aventure formidable de l’enracinement du charisme salésien dans un nouveau pays de l’Afrique Occidentale.

Après, c’était mon premier contact avec la mission africaine à Gbényédzi (Lomé – Togo) pendant la période de grandes vacances de l’année 1985. Tu étais alors vicaire paroissial et responsable des plusieurs services pastoraux. Pendant la retraite spirituelle que nous avons partagée à la fin du mois d’août de cette année-là, nous parlions déjà de l’avenir de la mission salésienne en Afrique de l’Ouest, de la création de la nouvelle province salésienne et de la pertinence d’ouvrir les premières maisons de formation pour les jeunes candidats de nos pays : le Sénégal, la Guinée-Conakry, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le Bénin, le Togo…
Quand le moment fut arrivé d’ouvrir le premier noviciat salésien en Afrique Occidentale, le choix fut porté sur toi pour rendre ce service, que tu as rendu pendant une bonne dizaine d’années (1988 – 1998), jusqu’au moment de l’érection de notre province salésienne de l’AFO (Afrique francophone Occidentale). Puis, d’autres services d’animation de la nouvelle province : vicaire provincial, délégué provincial pour la formation, formateur au post-noviciat, délégué provincial au chapitre général… la liste est longue !

Ce n’est pas mon intention de recenser ici la relation des services que tu as rendus dans le cadre de la mission salésienne car j’oublierais probablement des missions qui t’ont été confiées et dont je n’ai pas connaissance. Je veux juste souligner de manière particulière, la bonté de ton cœur, toujours prêt à assumer de nouveaux défis et à offrir ton énergie pour répondre aux besoins qui se présentaient sans jamais t’en dérober, ni chercher à fuir l’accomplissement des tâches qu’on te demandait, même si parfois cela comportait de grands et durs sacrifices !
Donner ta vie pour la mission salésienne en Afrique était ta réponse à ce que ton cœur te demandait, là où la voix de Dieu retentit de façon plus nette et intense. Pour cela, tu t’étais toujours investi dans tous les services pour lesquels tu étais sollicité. Il ne te manquait que de verser ton sang sur cette terre bénie pour corroborer l’offre sans conditions que tu avais fait de toi-même au Seigneur et aux jeunes de l’Afrique ! Nous avons reçu avec une immense peine et consternation la nouvelle de ton meurtre aux mains des hommes armés qui t’ont froidement abattu avec leurs balles. Une énorme douleur s’est emparée de nos cœurs quand l’information nous est parvenue. Est-ce vraiment possible qu’un homme qui a offert si généreusement sa vie pour l’épanouissement de la jeunesse africaine finisse ses jours sur notre terre d’une telle manière ? Des questions que probablement ne trouveront pas des réponses logiques, mais qui nous ouvrent à un autre horizon plus profond et mystérieux, celui du martyre !

Il m’est inévitablement venu à l’esprit le souvenir de nos missionnaires en Chine, l’évêque Louis Versiglia et le prêtre Calixte Caravario, qui comme toi ont été arrêtés au cours d’un voyage par des pirates hostiles au travail des missionnaires pendant les années de la révolution communiste et massacrés avec des armes à feu. Ta mort rend encore plus géant ton témoignage formidable d’amour infini pour Dieu et pour les jeunes africains.

Père Manolo Jimenez, publié par La Croix Africa

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