ZOBINOU Hubert PhotoZOBINOU Hubert

ZOBINOU Hubert.

Je suis en mission au Sud soudan et je fais partie de la 144è, c’est à dire la dernière expédition missionnaire.

Après mon expérience pendant les grandes vacances de 2011 à Duekoué en Côte d’Ivoire au milieu d’environ 13000 réfugiés quelques semaines après l’arrestation de Gbagbo l’ex-président ivoirien et ma première année de stage à Lungi au Sierra Leone où je faisais l’oratoire avec des enfants qui sont pour la plupart nés dans la guerre (c’est à dire 13 ans après la signature de paix), je me retrouve dans le chaos de la nouvelle Nation de la planète terre, le Soudan du sud.
En effet, je suis arrivé au Soudan du sud le 1e octobre 2013, ma terre de mission après l’envoi officiel de la 144è expédition par le Recteur Majeur le 29 septembre à Turin. Je travaille à Maridi, un village situé à 365 km de Juba la capitale, avec 3 autres salésiens dont 2 prêtres et un stagiaire, 4 sœurs de la visitation de Don Bosco et 4 volontaires américaines. Les séquelles des 21 ans de guerre qu’a connue avant ce pays est que, par exemple dans notre école primaire plus de la moitié des élèves sont dans la vingtaine en âge dont certains sont même au-delà d’un quart de siècle d’âge. Un jour en remplissant le registre je me suis retrouvé devant un jeune qui m’as dit en toute sincérité “I don’t know my age, but my mother told me that I was born arrond 1990”. C’est-à-dire : je ne connais pas mon âge mais ma maman m’a dit je suis né autour de 1990. Il est en P4 l’équivalant de CE2. Les entretiens avec certains d’entre eux m’ont parmi de comprendre que beaucoup auront vécu dans la brousse où dans les camps des réfugiés pendant plusieurs années. Vous auriez compris avec moi pourquoi les habitants de ce village aiment rester au fond des brousses, alors pour les visiter il faut aller dans la brousse. Pendant deux mois je n’ai pas cessé de voir sur les routes principales, des militaires en train de neutraliser les sols minés pendant la guerre. Deux ans près le retour des salésiens qui ont dû abandonner pendant la guerre les lieux, notre travail est d’aider, et les parents et les enfants à oublier le passé pour une intégration meilleure à la vie. Je sentais le mécontentement dans l’intervention de certains jeunes sur le renvoi de tout un gouvernement par le président de la République dès mon arrivée. Il faut faire aussi attention en parlant de la tribu Dinga celle au pouvoir avec les Zandés qui sont là où nous travaillons. Pour les chrétiens de notre paroisse l’arabe, c’est pour les musulmans ; ils ne veulent plus le parler. Et je me posais la question de savoir si ce pays ne retournera pas en guerre. Alors c’est arrivé avec la grande surprise. Un nouveau cri de désespoir s’est annoncé le 15 décembre avec les affrontements entre les troupes divisées au sein de l’armée du pays dans la capitale et qui se poursuivent en ce moment dans les zones pétrolières. Cinq Etats sur 10, actuellement sont touchés, mais il faut noter qu’un retour au conflit arrête automatiquement le chrono d’évolution que ces peuples tentent d’avoir après 2 ans d’indépendance de leur nation. Sans réflexion, la première cause est essentiellement le virement de l’ex vice-président et son gouvernement par le président de la République, car c’est cet ex vice-président qui conduit la nouvelle rébellion. La seconde est la mésentente ethnique entre les Dingas alliés au président et les Nuers alliés au Vice-président. Nos quatre communautés salésiennes dans le pays sont loin des conflits, mais il demeure impossible depuis le 16 décembre d’aller d’une à l’autre. C’est ainsi que depuis ce moment où j’ai fini la rencontre des stagiaires de l’AFE et la retraite spirituelle au Kenya, j’y suis resté jusqu’au 30, avant de trouver une opportunité avec une compagnie aérienne qui prenait des risques pour amener les passagers à Juba. Ensemble avec le supérieur de la délégation soudanaise le Père Ferrigton et beaucoup de journalistes des média internationaux, j’ai fait le voyage retour à Juba. De l’aéroport plein d’avions UN (Nation Unies) et d’hélicoptères, jusqu’à la résidence salésienne nous croisions des chars et jeeps de guerre en circulation ou garés sur les ronds-points, des treillis en mine serrée et au garde à vue, positionnés dans tous les coins. C’était un calme de deuil fortement sécurisé. Le lendemain, pour la première fois dans ma vie, j’ai participé à la célébration d’action de grâce de 31 décembre à 15h heure locale, 12h GMT. Nous avions fait l’adoration, la messe et le souhait anticipé des vœux avant 18h locale. La célébration était en arabe. Ne me demandez pas si j’ai compris quelque chose, je méditais quand-même. J’étais surpris de voir chanter dans l’église l’hymne national du pays, chanté à la fin de la célébration avec angoisse au lieu de la vivacité. Il faut voir les chrétiens rentrer après cette célébration comme si c’était dans le silence du vendredi saint. Dans la communauté salésienne nous finîmes les vêpres et le dîner avant 21h en se donnant rendez- vous courageux sur 23H45 pour une prière d’action de grâce d’entrée dans la nouvelle année dans la chapelle communautaire. De ma part, j’ai eu la chance, de suivre sur le net par la Radio Maria Togo la messe en directe de la Cathédrale de Lomé puis les ambiances sur les paroisses de Lomé jusqu’au petit matin pour me réconforter. Nous vivons comme des prisonniers en quête d’un issu meilleur, chacun dans sa chambre en train de suivre les informations à la radio ou au net. Il faut attendre certains enfants et jeunes courageux qui viennent les soirs pour jouer avec eux à l’oratoire et prier le chapelet ensemble. Les confrères m’ont dit que le calme est mieux puisqu’ autour du 25 décembre parait-il qu’on peut contempler dans les airs les tirs de fusils et même suivre comme un chant le rythme qu’ils donnaient. Ces derniers moments nous sommes dans l’espérance d’une suite favorable de l’assise pour le cessé le feu qui se tient en Éthiopie, mais les combats continuent, les taux des morts et des blessés s’augmentent et les victimes sont des civils innocents. Continuons par prier non seulement pour le Soudan du sud mais, mais aussi pour ses voisins la RDC et la Centrafrique. Mais je me pose une question : pourquoi ces trois pays frontaliers ensemble et même moment ? Est-ce que vous la posez aussi?
ZOBINOU Komlan Hubert.
SDB au Soudan du Sud

2 Commentaires

  1. « Le fruit du silence est la prière. Le fruit de la prière est la foi.

    Le fruit de la foi est l’amour.

    Le fruit de l’amour est le service. Le fruit du service est la paix. »

    Mère Térésa, Un Chemin tout simple

    <>
    <> Germain TOMENOU asp salésiens

  2. Vraiment c’est horrible et regrettable de voir la vie de l’être humain instrumentalisée et torturée. Mon fr Hubert tu fais une expérience à part entière de tes réalités passées. Puisse le Seigneur te soutenir dans cette terre où tu te trouves. La guerre dans nos pays africains au lieu de finir continue par être attisée malheureusement. Nous qui sommes des missionnaires de l’évangile, nous pourrons atteindre cet ultime objectif: faire naître et perpétuer dans les cœurs de nos destinataires le pardon qui implique la paix profonde. Puisse Dieu y veiller.
    Sylvain dit Yaboy depuis la cité de Cotonou (Bénin)

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